Ton regard tout de rêve et d'attente
Si offert à la transparence qu'à jamais
L'aube y dépose sa promesse
Aube de la vie, aube de ta vie, attendant
Q'au fond de la nuit s'esquisse une âme soeur
Et lentement prenne corps l' être de ton rêve
Sachant faire siens faim et soif, gel et flamme
Suivre en silence le courant des murmures
Et remonter jusqu'à la source des larmes
Faire fi des saisons, des lointains
Sur le long chemin qui mène vers toi
Cueillir en passant rosées d'été, pétales d'automne
Frissons des grillons, laudes de l'alouette
Pénétrer l'intime de la moindre fibre
Des feuilles, des fleurs, puis des fruits
Etre humble assez pour entendre l'impalpable
Dévoiler l'indicible, épouser l'inoui
Se dépouiller tel un arbre en hiver
Ouvert aux affres et aux effrois
Dressant ses branches contre le ciel étoilé
Franchissant une à une les couches de la nuit
Et venir enfin
Au devant de la transparence de l'aube
Et te dire, avec l'évidence du jour, "me voici !"
D'ici là
D'un instant l'autre
L'inattendu adviendra
Quand les dieux habiteront l'intervalle
Du dire à l'entre-dire
Du don à l'abandon
Tout le respiré du printemps
Qu'un trait de sang retrace
La brûlure éclatant en bourgeons
Ivresse et soif demeurent intacts
Dans l'initial rythme retrouvé
Source sera nuage et nuage averse
D'ici là
D'un instant l'autre
Nous nous rejoindrons
Chacun en avant de soi
S'étend de ce qu'il ouvre
S'accroît de ce qu'il donne
Toute fêlure offrande
Toute en-tente
ex-tase
Nous sommes clôture et finitude
Pourtant c'est entre nous
Que sans fin jaillira
Ce que la vie désire
de plus vaste
de plus haut
d'infiniment transmuable
Aimer c'est être
en avant de soi
Aimer c'est dire
" Tu ne mourras pas !"