Chantre de l'espérance, le poète de Carnac, Guillevic ( 1907-1997)...

Chantre de l'espérance, le poète de Carnac, Guillevic ( 1907-1997)...

Si je fais couler du sable
De ma main gauche à ma paume droite,

C'est bien sûr pour le plaisir
De toucher la pierre devenue poudre,

Mais c'est aussi et davantage
Pour donner du corps au temps,

Pour ainsi sentir le temps
Couler, s'écouler

Et aussi le faire
Revenir en arrière, se renier.

En faisant glisser du sable,
J'écris un poème contre le temps.



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# Posté le dimanche 05 août 2007 15:31

Modifié le lundi 06 août 2007 08:04

La voix grave et profonde des mots de Nazim Hikmet...

 La voix grave et profonde des mots de Nazim Hikmet...

21 septembre 1945


Le plus beau des océans
Est celui que l'on n'a pas encore traversé.
Le plus beau des enfants
N'a pas encore grandi.
Les plus beaux de nos jours
Sont ceux que nous n'avons pas encore vécus.
Et les plus beaux des poèmes
Que je veux te dire
Sont ceux que je ne t'ai pas encore dits.

Que c'est beau de penser à toi :
A travers les rumeurs de mort et de victoire
En prison
Alors que j'ai passé la quarantaine...

Que c'est beau de penser à toi :
Ta main oubliée sur un tissu bleu
Et dans tes cheveux
La fière douceur
de ma terre bien-aimée d'Istanbul...
C'est comme un second être en moi
Que le bonheur de t'aimer...
Le parfum de la feuille de géranium au bout de tes doigts,
Une quiétude ensoleillée
Et l'invite de la chair :
Striée d'écarlate
L'obscurité
Chaude
Dense...
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# Posté le lundi 06 août 2007 15:15

Modifié le mercredi 08 août 2007 14:42

Dans ses " poèmes à Lou", Apollinaire dessine l'espoir...

Dans ses " poèmes à Lou", Apollinaire dessine l'espoir...
Je donne à mon espoir mes yeux ces pierreries

Je donne à mon espoir mes mains palmes de victoire

Je donne à mon espoir mes pieds chars de triomphe

Je donne à mon espoir ma bouche ce baiser

Je donne à mon espoir mes narines qu'embaument les fleurs de la mi-mai

Je donne à mon espoir mon coeur en ex-voto

Je donne à mon espoir tout l'avenir qui tremble comme une petite lueur
au loin dans la forêt...
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# Posté le mercredi 08 août 2007 06:53

Modifié le mercredi 08 août 2007 10:32

Un très beau poème d'Andrée Chédid...

Saison des hommes

Sachant qu'elle nous sera ôtée,
Je m'émerveille de croire en notre saison,
Et que nos coeurs chaque fois
Refusent l'ultime naufrage.
Que demain puisse compter,
Quand tout est abandon ;
Que nous soyons ensemble
Egarés et lucides,
Ardents et quotidiens,
Et que l'amour demeure après le discrédit.

Je m'émerveille du rêve qui sonde l'avenir,
Des soifs que rien ne désaltère.
Que nous soyons chasseurs et gibiers à la fois,
Gladiateurs d'infini et captifs d'un mirage.

Les dés étant formels et la mort souveraine,
Je m'émerveille de croire en notre saison.



 Un très beau poème d'Andrée Chédid...
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# Posté le mercredi 08 août 2007 09:37

Modifié le dimanche 12 août 2007 15:56

La poésie urbaine de Jean-Paul de Daldesen...

 La poésie urbaine de Jean-Paul de Daldesen...
Villes


Sète, jaune et rose alignée le long du canal rectiligne.

Angoulême dort noire au soleil de midi.

Locomotive au dépôt, la cathédrale d'Albi
Somnole aux mouches en rêvant de la pureté cathare.

Cordes, sur son roc hisse sa fidélité assoupie
Et, près du puits, derrière la croix imposée en pénitence,
L'inscription anticléricale dégrise la fierté cathare, non repentie,
Debout comme un menhir indéchiffrable.

Brantôme aux balustrades bâille dessus l'eau basse.

Fréjus
encore bercée au bruissement des trimères.

Sous un soleil de chêne, rurale et mondiale,
Cognac chauffe les portails de fer des entrepôts de sa patience.

Au débouché des vallées andines, Grenoble
Etale industriel son quadrillage militaire du Nouveau Monde,
Vice-royauté de stendhal Le conquistador.

Roscoff
gratté au sel.

Saint-Malo
en rond sous l'ardoise lavée.

Caméléon sur sa colline rousse
Fayence en escalier cache en rond ses ombrages.

A La Rochelle, à sept heures du matin
Un petit père en bleu, fumant la pipe à son volant,
Passe sur les pavés du port debout sur son rouleau compresseur
Et comme là à travers le vacarme tu respires l'espace matinal
Qui se moque des pasteurs comme des curés,
Et ne veut se souvenir que des quatre Sergents.

Saint-Pol-de-Léon, aveugle à la mer, sous l'haleine du large
Crie ses artichauts sous les fenêtres de l'évêque.

A Pontivy, place de la Gare, l'hôtel des Voyageurs
Propose tout compris, taxe et pourboire,
Une chambre nuptiale en route pour Saint-Anne-d'Auray

Et sur le bord d'une eau claire, une affiche célèbre le
"Mont Saint-Michel, vêtement de travail inusable".


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# Posté le mercredi 08 août 2007 10:21

Modifié le dimanche 12 août 2007 08:41